Capri, Skagen, Monte Verità: l'art de vivre en marge exposé à Berne
Le tableau de Michael Ancher "Anna Ancher et Marie Krøyer sur la plage sud de Skagen", réalisé en 1897, fait partie de l'exposition au Musée des Beaux-Arts de Berne.
Photo: Handout: Kunstmuseum BernEntre 1830 et 1930, des artistes européens ont quitté les villes et leurs conventions pour expérimenter d'autres façons de vivre. Une exposition au Musée des Beaux-Arts de Berne retrace ces expériences menées à Capri, Skagen et au Monte Verità.
Face à l'industrialisation au XIXe siècle, de nombreux artistes européens ont tourné le dos aux grandes villes pour se rapprocher de la nature. Ils se sont installés notamment sur l'île italienne de Capri, dans le village de pêcheurs de Skagen, au Danemark, et au Monte Verità, au Tessin.
A l'écart des normes sociales de l'époque, ces lieux leur ont permis d'expérimenter l'émancipation des femmes, les identités queer, une sexualité plus libre ou de nouvelles formes de vie en communauté, indique mercredi le Musée des Beaux-Arts de Berne. La manifestation réunit une soixantaine d'œuvres, dont beaucoup sont présentées pour la première fois en Suisse.
Gustav Gräser, Alexej von Jawlensky ou Marianne von Werefkin figurent parmi les artistes représentés. Le parcours met en regard leurs aspirations à une autre existence et les conditions de vie des populations qui habitaient ces lieux.
L'envers de l'idylle
Conçue par Livia Wermuth et Andreas Schwab, l'exposition montre ainsi l'envers de ces expériences. Aux paysages lumineux et aux représentations d'une vie idéalisée répondent des œuvres témoignant du quotidien des populations locales.
Des pêcheurs risquant leur vie en mer ou des scènes de pauvreté illustrent le contraste entre les aspirations des artistes, souvent issus de la bourgeoisie, et la réalité des habitants. Leur désir de rupture avec les conventions se heurtait ainsi à des conditions d'existence parfois précaires.
Les trois destinations n'exerçaient pas le même attrait. Capri était associée au soleil, à l'ivresse et à l'Antiquité, tandis que Skagen, à l'extrême nord du Danemark, était recherché pour ses paysages sauvages.
Autour de 1900, le Monte Verità a attiré artistes et intellectuels désireux d'expérimenter de nouveaux modes de vie, entre végétarisme, naturisme et retour à la nature. Le peintre tessinois Filippo Franzoni (1857-1911), qui y a séjourné de 1903 à 1906, en a été marqué dans son œuvre tardive, selon le Dictionnaire historique de la Suisse.
L'exposition ouvre ses portes le 30 octobre et se poursuit jusqu'au 31 janvier prochain. Elle réunit ainsi trois expériences artistiques, qui se sont développées sur plusieurs décennies, à plusieurs centaines de kilomètres les unes des autres, en marge des centres urbains.
/ATS