Asia Argento: « J’ai hérité de l’obsession pour le cinéma »
Asia Argento, très émue, avec son Pardo pour l’ensemble de sa carrière ("Life Achievement Award"), jeudi soir sur la Piazza Grande.
Photo: KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTTL’actrice italienne Asia Argento a rencontré vendredi le public du Festival du film de Locarno au Forum. La fille de Dario Argento est revenue sur son obsession pour le cinéma et les difficultés rencontrées au cours de sa longue carrière.
Asia Argento a reçu le prix pour l’ensemble de sa carrière ('Life Achievement Award') du Festival du film de Locarno jeudi soir, sur la Piazza Grande. Dans un discours très émouvant, l’actrice romaine a souligné l’importance du cinéma pour une personne 'timide et mal dans sa peau' comme elle. Peu avant de recevoir son prix, elle a fondu en larmes. Le directeur artistique du festival, Giona Nazzaro, l’a prise dans ses bras.
'Ce prix a été tellement émouvant parce que j’ai vu la petite fille, la femme et aussi la femme âgée que je serai', affirme Asia Argento, âgée de 50 ans, lors d’une conversation animée par Manlio Gomarasca, conseiller pour le cinéma de genre du Festival du film de Locarno. 'C’est pour cela que j’ai été émue: j’ai vu toute ma vie et qu’elle avait un sens.'
Fille du réalisateur de films d’horreur Dario Argento et de l’actrice Daria Nicolodi, Asia a fait ses débuts sur grand écran à 11 ans, dans 'Demons 2... L’incubo ritorna' (1986) de Lamberto Bava, produit par son père.
Le silence du plateau
En parlant de cinéma, elle explique avoir 'hérité de l’obsession' de son père. Mais celle-ci remonte en réalité à son arrière-grand-père, qui était distributeur de films au Brésil, précise-t-elle. Un héritage familial qui ne semble pas près de s’arrêter, puisque son fils étudiera le cinéma à l’université. Cette obsession n’est toutefois pas toujours facile à gérer, explique-t-elle, en évoquant les difficultés du monde du cinéma et les critiques.
Avant de découvrir la beauté du 'silence qui règne quand on joue et que tout le monde vous écoute', Asia voulait devenir écrivaine. Timide de nature, elle a poursuivi toute sa vie cette quête du silence, depuis son premier 'moteur !' en 1985 dans la série télévisée 'Sogni e bisogni' de Sergio Citti, affirme-t-elle. 'Un silence surnaturel, qui n’existe que sur un plateau, où l’on n’entend même pas les gens respirer.'
'Dans les années 80-90, j’ai connu un cinéma libre, complètement différent de celui d’aujourd’hui', affirme-t-elle.
Collaboration avec son père
Asia a été en quelque sorte l’actrice fétiche de son père Dario, puisqu’elle est celle qui a joué dans le plus grand nombre de ses films. Une collaboration qui n’a pas toujours été saine, puisqu’elle lui a fait ressentir une forte pression et la peur de ne pas être à la hauteur, confie-t-elle. De 'Trauma' (1993) à 'Occhiali neri' (2022), en passant par 'Le Syndrome de Stendhal' (1996) - 'un film magique, avec un rôle très proche de moi' -, précise-t-elle.
'Mon papa m’a appelée hier après-midi (jeudi) pour me féliciter pour le prix en me disant: 'Quand tu t’impliques, tu es douée'.' Elle regrette de ne pas s’être toujours investie, mais cette récompense à Locarno arrive après une période durant laquelle elle s’est longtemps sentie en échec, comme en suspens. Peut-être une sorte de crise de la cinquantaine pour l’actrice, qui fêtera ses 51 ans le 20 septembre.
Une longue carrière
Parmi les rencontres les plus importantes de sa carrière, l’actrice, vêtue d’un jean clair, d’un t-shirt et de Converse blanches, a cité sa collaboration avec le réalisateur français Abel Ferrara. Il l’avait choisie pour 'New Rose Hotel' alors qu’elle avait 22 ans.
'Comme il m’avait emmenée dans les ténèbres, il m’a ramenée vers la lumière', dit-elle à propos de Ferrara, évoquant la scène de 'Go Go Tales' (2007) dans laquelle Asia embrasse un rottweiler, une séquence qui avait fait scandale et pour laquelle elle a longtemps été humiliée.
Elle a également joué au côté de l’acteur français Michel Piccoli dans 'Compagnons de voyage' (1996) de Peter Del Monte, qu’elle qualifie, avec Ferrara, de 'grands maîtres de la liberté'. Pour ce film, Asia a remporté en 1997, pour la deuxième fois, le David di Donatello de la meilleure actrice, l’équivalent italien des César français ou des Oscars américains. Elle avait reçu le premier en 1994 pour 'Perdiamoci di vista' de Carlo Verdone.
Jeudi après-midi au PalaCinema, l’actrice a présenté 'La Muerte No Tiene Dueño' (2026) de Jorge Thielen Armand, tourné au Venezuela et dont elle est l’une des protagonistes. Pour ce film, 'je suis vraiment allée au bout de mes forces, de mes limites psychiques', reconnaît-elle. À Locarno, 'Armony' du réalisateur italien Dario Albertini a été présenté le 6 août. Asia y joue au côté de Valerio Mastandrea, avec qui elle n’avait plus tourné depuis 22 ans.
Derrière la caméra
Le long métrage 'Scarlet Diva' (2000), écrit en une nuit et produit par son père, marque les débuts d’Asia à la réalisation. 'Je sortais d’une période difficile, j’étais déprimée, je n’arrivais pas à sortir de chez moi, alors j’ai commencé à écrire', raconte-t-elle, évoquant les 'violences et les injustices' qu’elle avait vécues dans le milieu professionnel.
Elle fait également allusion au mouvement #MeToo, campagne mondiale contre le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes, dont elle a été l’une des militantes, ainsi qu’à l’affaire Weinstein. 'J’ai raconté ce mal-être dans un film, en pensant que c’était de ma faute', explique-t-elle.
Asia a ensuite réalisé deux autres films, 'Le Livre de Jérémie' ('Ingannevole è il cuore più di ogni cosa', 2004) et 'Misunderstood' ('Incompresa', 2014). Dans ce dernier, 'je raconte la réalité de mon enfance', dit-elle.
/ATS