Neuchâtel: le Musée d'ethnographie ouvre la porte aux skateurs
L'exposition "Skate of Mind" montre les graphismes de planches de skateurs qui n'hésitent pas à bousculer les convenances jusqu'à l'extrême.
Photo: Keystone/JEAN-CHRISTOPHE BOTTLes skateurs pourront pratiquer leur art dans un musée à Neuchâtel. Le Musée d'ethnographie propose dès vendredi une exposition sur le skate, qui permettra aux visiteurs de 'rider' sur différents modules qui évolueront au gré des ateliers d'auto-construction.
'Un des objectifs de cette exposition est de pousser des jeunes et des personnes qui n'entrent pas forcément dans les institutions muséales à se déplacer', a déclaré à Keystone-ATS Aurélie Carré. La directrice du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN) présente sa première grande exposition depuis qu'elle est à ce poste en octobre 2024.
'Ce laboratoire à mobilité augmentée n'est pas juste une coquetterie. Si l'on veut mettre en scène du patrimoine culturel, il faut que le processus soit vivant et collaboratif', a ajouté la directrice.
L'exposition 'Skate of mind' est aussi destinée aux non-initiés. Ces derniers pourront par exemple découvrir l'histoire de ce sport et le tester sans risque de chute avec un simulateur embarqué 'collector' - il en reste que deux en Europe- d'un jeu de 1987.
Le premier brevet pour un skateboard date de 1962. La planche a séduit rapidement les jeunes Bâlois, pionniers en Suisse, qui se sont approprié la fontaine aux plans inclinés du Bruderholzspital. La culture skateboard est souvent érigée au rang d’art de vivre et revendique une place à part, entre sport, art, éthique et philosophie.
Après le succès en 1985 du film 'Retour vers le futur', le skateboard gagne en popularité. Cette médiatisation accrue cristallise le stéréotype d'un skateur jeune, blanc, d'un bon niveau socio-économique et jouissant d'une liberté sans limites. Dans les années 1990, le skate est au creux de la vague, ouvrant la voie à une tendance punk, une image d'irrévérence qu'il entretient toujours.
Le skate de plus en plus féminin
'Si le skate reste un milieu à prédominance masculine, les filles y sont de plus en plus visibles et revendiquent de plus en plus le droit d'occuper aussi un espace public', a expliqué Aurélie Carré. Des ONG y travaillent. A Kaboul, le skate est un prétexte pour faire l'école aux filles. En Bolivie, un collectif de femmes autochtones skatent en détournant leur costume traditionnel.
Faisant une large place à la culture visuelle, l’exposition explore le skater’s eye, cette lecture singulière de l’environnement en quête inlassable de nouveaux spots. Pour l'exposition, Fred Mortagne révèle le potentiel des 'toblerones', ces obstacles antichars dont la silhouette bétonnée hante les frontières suisses.
Le skateur finlandais Jaakko Ojanen les a domptés sous l'oeil du photographe français. Le Fribourgeois Yves Marchon en a tiré un documentaire, intitulé 'Shapes of Resistance'.
Le photographe zurichois Alan Maag va aussi présenter son travail où il pense le skateboard comme un miroir qui révèle la part artistique et philosophique de notre monde.
50 planches collector à vendre
A l'image du skate, où l'innovation est reine et où copier une figure déjà validée sur un spot est exclue, le musée veut montrer avec 'Skate of mind' que le patrimoine du skateboard réside dans la réactivation constante des espaces par ses pratiquants. Des sessions skate pour enfants ou pour personnes plus avancées sont prévues. Le MEN a édité également 50 planches de skateboard collector, qui seront vendues sur place.
L'exposition a été réalisée en collaboration avec le projet de recherche 'Santé et urbanisme participative: la gouvernance des projets de skateparks “Do It Yourself” et leur contribution au bien-être des jeunes' de la Haute Ecole de travail social de Fribourg et de la Haute Ecole de gestion Arc de Neuchâtel.
Le vernissage de l'exposition, qui se tient jusqu'au 7 mars 2027, aura lieu vendredi soir, tout comme celui de 'Chroniques anthropiques'. Cette dernière est le fruit d’une collaboration avec l’Académie de Meuron et prendra place dans le parc fraîchement rénové.
/ATS